Accéder au contenu principal

Santé : Kolda a-t-elle le plus grand ratio de mortalité maternelle au Sénégal ?


Femme enceinte sur une table d'accouchement, juillet 2014/article Dakaractu

Invité de l’émission Rfm matin de la radio RFM, le lundi 3 juin 2019, le coordonnateur du Mouvement "Y’en a marre",  Aliou Sané a indiqué que « la région de Kolda est réputée être la région où le taux de mortalité maternelle est plus élevé au Sénégal ».




« A Kolda, il y a 500 000 femmes. La région est réputée avoir le plus grand taux de mortalité maternelle au Sénégal et elle ne compte qu’un seul gynécologue », a-t-il déclaré en évoquant ses « attentes » et la « pertinence » du dialogue national. 
Cependant, selon les données dont nous disposons, une seule de ses trois affirmations est vraie.

D’où tire-t-il ces informations ?

Joint au téléphone le samedi 8 juin, le coordinateur de "Y'en a marre", Aliou Sané nous a indiqué qu’ « il s’est fait l’écho d’un discours porté par des populations de Kolda durant la période électorale pour dénoncer le manque de médecin gynécologue dans leur région ».

Oui, un seul Gynécologue pour Kolda mais...

Nous avons contacté le Médecin-chef de la région de Kolda, Dr Yaya Baldé, qui confirme qu' " effectivement la région ne compte, actuellement,  qu’un seul gynécologue ».

Mais en ce qui concerne  la population féminine et le taux de mortalité maternelle de la région, la déclaration est exagérée.

Nombre de femmes, une estimation exagérée

En effet, selon la projection de l’année 2019 de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), la population de la région de Kolda est estimée à 796 582 habitants avec 402 369 hommes et 394 213 femmes. Une évaluation de la population féminine bien inférieure au chiffre de « 500 000 femmes » déclaré par Aliou Sané.

La mortalité maternelle au Sénégal

L'ANSD définit la mortalité maternelle comme suit :  « le décès d’une femme survenu au cours de la grossesse ou dans un délai de 42 jours après sa terminaison, quelle qu’en soit la durée ou la localisation, pour une cause quelconque déterminée ou aggravée par la grossesse ou les soins qu’elle a motivés, mais ni accidentelle, ni fortuite ».

l’Enquête Démographique de la Santé continue de 2017 (la dernière des séries EDS),  pour la période 2010-2017, fait état de 236 décès maternels au sénégal pour 100 000 naissances vivantes (avec un intervalle de confiance : 168-305).

Pour le médecin gynécologue-obstétricien et chef de la division de la Santé de la Mère et du Nouveau-né, Dr Dembo Guirassy, " la mortalité maternelle est une réalité au Sénégal. Mais, il y a  des efforts par rapport aux années passées. Et le pays est même en avance sur les objectifs de développement durables (ODD) pour lesquels le Sénégal est attendu à un ratio de mortalité maternelle de 285 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2020", souligne-t-il.


Tamba en tête, Kolda 6ème région

Il faut signaler que l'EDS continue de 2017 ne  présente pas la situation de la mortalité maternelle dans les différentes régions du Sénégal. Au niveau de l'ANSD, l'indicateur n'est disponible que pour le niveau national.

Mais, nous nous sommes rapprochés de la Direction de la Santé de la Mère et de la Survie de l'Enfant qui nous ont fournis des données globales de 2017 sur la mortalité maternelle dans les régions grâce à leur système de surveillance épidémiologique.
"Le calcul du ratio est très complexe à faire. Mais, avec notre système de surveillance, nous faisons des remontés de données bimensuelles pour suivre l'évolution des cas", nous explique Dr Dembo Guirassy.

"On prend en compte la population féminine et le nombre de femmes en âges de reproduction qui ne représente que 24,2% du calcul. Ainsi, il faut avoir une estimation des grossesses attendues pour l'année. C'est sur les 15 % de ces grossesses attendues que l'on estime les risques de complications. Et c'est parmi ces complications qu'il y a risque de décès maternel", ajoute-t-il.

Ainsi, avec leurs données, nous pouvons établir un classement des régions en deux grands groupes, selon l'ordre d'importance de l'indicateur (lire le graphique suivant).
Source :  Direction de la Santé de la Reproduction et de la Survie de l’Enfant















Le premier groupe est composé des régions où le ratio est supérieur à 100 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Il s'agit respectivement des régions de Tambacounda, Kédougou, Kaffrine, Matam, Ziguinchor, Kolda et Kaolack.

Le second groupe est composé des régions qui ont un ratio inférieur à 100 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. On y retrouve : Sédhiou, Dakar, Saint-Louis, Diourbel, Fatick, Thiès et Louga.

De ce fait,  c'est dans la région de Tambacounda  que le phénomène est plus sévère avec un ratio de 268 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Suivi de Kédougou qui a un ratio de 190 décès maternels. La région de Kolda est placée à la sixième place avec un ratio de 109.

Contrairement à ces régions, Louga et Thiès sont les régions où les mères sont moins exposées avec respectivement un ratio de 36 et 38 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes.


Conclusion : deux affirmations de la déclaration sont fausses.

Le nouveau coordonnateur du mouvement Y’en a marre, Aliou Sané, a affirmé qu’ « à Kolda, il y a 500 000 femmes. La région est réputée avoir le plus grand taux de mortalité maternelle au Sénégal et elle ne compte qu’un seul gynécologue ».
  • La dernière affirmation a été confirmée par le médecin-chef régional de Kolda qui affirme qu’actuellement la région ne compte qu’un seul gynécologue.
  • Mais selon la projection démographique de 2019 de l’Agence nationale des statistiques de la démographie (ANSD),  la population féminine de la région de Kolda est estimée à 394 213 femmes. Un chiffre bien inférieur à l'estimation de "500 000 femmes" de Aliou Sané.
  •  Sur les différents rapports que nous avons pu consulter, nous pouvons dire que Kolda fait partie des régions du Sénégal où le taux de mortalité est très élevé, mais ce sont les régions de Tambacounda  et Kédougou qui ont  respectivement les plus grands ratios de mortalité maternelle.

Souleymane Diassy


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Reportage - Logement à l’UCAD : Dans l’intimité d’une chambre « familiale »

Google_Illustration Ils ont quitté leur village pour rejoindre l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Mais, ils n’ont pas pour autant oublier le sens de la vie en communauté. Dans leur chambre, les frères Diouf et leurs cousins Sarr, originaire du village de Pouth, entretiennent une sulfureuse vie de famille dans un malheureux désordre. Sous la lueur grandissante du crépuscule de ce jeudi, les couloirs de l’université se vident petit à petit de leur monde. Un vent frais souffle au sein du campus social. 19 heures à l’entrée de la porte   du Pavillon D, les mouvements se multiplient. Un groupe de quatre étudiants discutent en rond en bas du bâtiment alors qu’un autre groupe de plus de 15 étudiants rejoint l’intérieur. Juste à droite, trois entre eux, les frères Cheikh, Abdou et Khadim Diouf, montent les manches des escaliers menant au 1 er étage.   Des voix, des pas et de la musique font écho dans le bâtiment.          En moins d’une minute, ils arrivent en premier. Ils p

Reportage : Du vin de palme pour un lendemain de pâques à Mboro

Google, Photo illustrative Le lendemain de pâques est aussi une journée de festivité à Mboro. Après 40 jours de jeûnes et de recueillement, des fidèles catholiques ressortissants de la Casamance regroupés au sein de l’association des « Kounimaboucou » (les mariés en langue Diola) organisent leur traditionnelle soirée du vin de palme récolté le dernier vendredi saint afin de mêler la tradition à la fête religieuse. Reportage. Le soleil est à l’horizon à Mboro. En ce début de soirée, un vent très frais souffle sur la commune.  L’ambiance festive de la veille est toujours d’actualité au quartier Diamaguène. Ce secteur est habité dans sa majorité par des ressortissants de la Casamance (au Sud du pays). Ici, la fête continue pour les mariés catholiques. Au menu, boire du vin de palme récolté  à la fin du carême. Il est 19 heures 30 minutes et comme des oiseaux migrateurs, les buveurs de ce vin sorti d’une longue fermentation arrivent presque tous à la même heure dans la m